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L'activité physique fait chuter les chutes

Comment définir la fragilité ?

La chute est malheureusement banale, rappelle l'Inserm. Selon le baromètre santé de 2010, "plus d'une personne de la tranche d'âge 55-85 ans sur 5 (21,6 %) déclare avoir chuté au cours des 12 derniers mois". Cela intervient d'autant plus souvent que les personnes sont fragiles. Un concept pas si facile que cela à définir ! Plusieurs approches existent. Selon le modèle de "Fried", une personne est déclarée fragile quand elle cumule au moins trois critères parmi les cinq : amaigrissement, fatigue subjective (sentiment d'épuisement), sédentarité (moins d'une ou deux marches hebdomadaires), vitesse de marche réduite, faible force. Les conséquences d'une chute peuvent être graves : outre l'éventuel traumatisme physique, elles peuvent occasionner des conséquences psychiques et sociales affectant la qualité de vie des personnes. Elles accélèrent également le risque de mourir ! Chez ceux qui sont restés au moins une heure par terre, la mortalité dans les six mois est deux fois plus importante !
Les chutes ne sont pas dues à un seul facteur, mais plutôt à une intrication de plusieurs d'entre eux : la sédentarité trop importante, la diminution importante de la masse musculaire, les problèmes sensoriels, la dépression et la consommation de produits psychotropes, etc. 

Spirale infernale

Le problème des chutes, c'est qu'il entraîne la personne âgée dans une spirale infernale. Si elle chute régulièrement, la peur de chuter va s'installer chez elle, la poussant à la sédentarité (et éventuellement à la consommation de médicaments) et la rendant encore plus fragile donc exposée à ce risque. D'où l'importance de repérer les sujets les plus à risque et de conduire des interventions ciblées.
L'Inserm a analysé diverses études scientifiques qui ont étudié les conséquences de programmes d'exercice sur la réduction des chutes. "L'effet le plus important de l'exercice sur le nombre de chutes (diminution de 58 %) est obtenu lorsque les programmes comprennent une haute dose globale d'exercice et incluent des exercices stimulant fortement l'équilibre", estime-t-il. L'étude insiste sur la motivation préalable des personnes dans la réalisation des exercices. Elle explique qu'il faut distinguer les programmes d'action selon que l'on s'adresse à des personnes plutôt en forme ou déjà fragiles. Pour les premières, l'action sur un facteur (la vue par exemple) peut suffire pour réduire les chutes. En revanche, pour les personnes déjà affaiblies, il faut agir sur un ensemble de facteurs.

Au moins 2h30 d'activité par semaine

L'OMS avait estimé en 2010 que les personnes âgées devaient pratiquer chaque semaine au moins 2 heures 30 d'activité d'endurance d'intensité modérée. Chaque séquence physique doit être d'au moins 10 minutes. "Les personnes âgées dont la mobilité est réduite devraient pratiquer une activité physique visant à améliorer l'équilibre et à prévenir les chutes au moins trois jours par semaine, estime l'Inserm. En complément, des exercices de renforcement musculaire faisant intervenir les principaux groupes musculaires devraient être pratiqués au moins deux jours par semaine."
Parmi les nombreuses recommandations qui concluent cette étude (parfois ardue), on en retiendra quelques-unes. Il serait bon qu'une évaluation annuelle soit réalisée chez les personnes âgées pour identifier le risque de chute. "Cette tâche incombe en premier lieu au médecin généraliste mais peut aussi être réalisée par d'autres professionnels de santé amenés à intervenir auprès de la personne âgée", précise l'étude.

Attention aux effets des médicaments !

Il faudrait également être plus vigilant sur la consommation de médicaments psychotropes. Ceux-ci étant testés sur des personnes robustes, le risque de chute est sous-évalué pour des sujets vieillissants et fragiles. Ce risque devrait être davantage intégré dans l'évaluation des effets indésirables de ces produits. Les patients âgés arrivant aux services des urgences après une chute devraient être mieux pris en charge grâce à une collaboration avec les unités mobiles gériatriques capables de réaliser un suivi satisfaisant de ces personnes.
En matière d'activités sportives, l'Inserm note la multiplication des initiatives pour intégrer des personnes âgées. Mais faute de cadrage, il est difficile d'en évaluer les résultats sur la santé des intéressés. Aussi est-il proposé de définir un cahier des charges qui intègre des exercices dont l'efficacité en termes de réduction des chutes a été prouvée.

 

Par Noël Bouttier