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Soutenir les professionnels aidants familiaux

Un phénomène global

Pour pallier ces problèmes d'organisation des ressources humaines (RH), certaines conventions collectives nationales (CCN) du secteur social et médico-social ont pris des dispositions spécifiques « Deux congés ont été créés pour les aidants familiaux dans la CCN du 31 octobre 1951 : le "congé exceptionnel pour convenance personnelle" et le "congé ou réduction d'activité à mi-temps pour soigner un membre de sa famille"[2] », signale Sylvie Amzaleg coordinatrice du pôle RH de la Fédération des établissements hospitaliers et d'aide à la personne (Fehap). Mais au-delà de quelques rares adaptations, « les établissements et services sociaux et médico-sociaux relèvent pleinement du droit général et ne sont ni mieux, ni moins bien armés que la grande majorité des employeurs en France », résume Vincent Vincentelli, juriste à l'Union nationale de l'aide des soins et des services aux domiciles (UNA). Alors pour appréhender ce phénomène, mieux vaut proposer des réponses individuelles adaptées, mais aussi collectives.

Repérer les besoins

Par crainte de discrimination, les aidants ont tendance à taire leur situation, a fortiori face à des employeurs qui renvoient la question à la sphère privée. Plusieurs pistes sont donc recommandées.

  • Impliquer les acteurs de la santé au travail. « L'intermédiation de la médecine du travail ou de I’assistante sociale garantit la préservation de l'anonymat ». note Lydie Recorbet, chargée de mission à l'Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises (Orse)
  • Libérer la parole. Les structures peuvent mettre sur pied des espaces de dialogue et en confier l'animation à des tiers (associations d'aidants, groupes de protection sociale...)
  • Intégrer des questions spécifiques aux études d'opinion internes. Par exemple « Connaissez-vous les dispositifs mis en place par l'établissement ? » ; « Votre manager est-il suffisamment à votre écoute ? » ; « Comment votre situation d'aidant se répercute-telle sur votre travail ? » …

Informer et former

À la disposition des professionnels, les outils ne manquent pas : plateformes Web et téléphoniques d'échanges et de conseils pratiques, permanences où l'aidant peut trouver des conseils et un accompagnement dans la prise en charge de l'aidé, lettres ou guides d'information, courriers joints aux feuilles de paie, groupes de parole, conférences thématiques… Par ailleurs, des associations de soutien aux aidants ont mis sur pied des formations consacrées au monde du travail. « Nous proposons à l'attention des responsables, des partenaires sociaux, des encadrants et des salariés des interventions sur site articulées autour de modules de sensibilisation animés par des médecins et des psychologues », témoigne Joël Jaouen, président de l'association France Alzheimer et maladies apparentées En outre, la loi Hôpital, patients, santé et territoires de 2009 a prévu, dans le cadre du plan Alzheimer, des formations financées de deux jours par an, doublées d'une aide à la reprise du travail de 1 000 euros.

Associer tous les acteurs

Au-delà des professionnels en interne (direction, DRH, instances représentatives du personnel - IRP, médecin du travail, salariés concernés), les employeurs peuvent s'appuyer sur tout un écosystème extérieur : centres communaux et intercommunaux d’action sociale (CCAS et CTAS), centres locaux d’information et de coordination gérontologique (Clic), maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), Points Info famille… « La concertation entre employeurs, collectivités, acteurs de la vie publique et économique est la condition majeure d'une véritable prise en compte de la problématique », insiste Dominique Royoux, président de l'association Tempo territorial. II s'agit également d'ouvrir le champ à une vision émancipatrice des personnes accompagnatrices « Pour ne pas les réduire à leur situation d'aidants, il faut les alerter sur le fait qu'elles doivent pouvoir recourir à des professionnels pour certaines tâches », lance Florence Leduc, présidente de l'Association française des aidants.

Assouplir les horaires

Autre piste pour soutenir les salariés aidants, une organisation adaptée « Dans le secteur, l'activité en continu offre pas mal de souplesse pour les aménagements du temps de travail », rappelle Pierre-Yves Montéléon, responsable Santé et sécurité au travail à la CFTC. Exemples?

  • Les congés spécifiques prévus par la loi
  • L'individualisation des horaires Une possibilité suspendue à l'accord du comité d'entreprise (CE) ou des délégués du personnel (DP) et à une information de l'inspecteur du travail II ne s'agit pas d’un droit : l'employeur peut les refuser s'il estime que leur mise en œuvre est incompatible avec les contraintes de fonctionnement de l'établissement
  • La réduction du temps du travail Quotidienne hebdomadaire ou annuelle, elle est accordée par période de six mois à un an, renouvelable tacitement jusqu'à trois ans maximum
  • Le don de jours de repos [3] En concertation avec les partenaires sociaux, et sur la base du volontariat, les personnels non aidants peuvent donner à leurs collègues aidants une partie de leurs congés ou RTT

Tous ces aménagements doivent s'inscrire dans une logique plus globale de politique de conciliation des temps « En ouvrant les dispositifs à l'ensemble des personnels, on s'extrait de la stricte problématique des aidants et l’on prévient les risques de discrimination », confirme Lydie Recorbet

Faire le pari de la responsabilité sociale

Par ailleurs, s'engager dans une démarche d'accompagnement peut aussi être envisagé comme un tremplin vers une action plus globale de responsabilité sociale visant différents objectifs

  • Égalité professionnelle. « Ce sont principalement les femmes qui assurent le rôle d'aidant, a fortiori lorsque la situation nécessite une réduction du temps de travail », rappelle Cécile Kamtzer, conseillère paramédicale à la Fédération Hospitalière de France (FHF)
  • Maintien dans l'emploi. Les aidants veulent préserver leur activité. Pour des raisons de sécurité financière bien sûr, mais aussi parce que le travail est vécu comme une source d'enrichissement personnel, social et d'équilibre psychologique. Le maintien dans l'emploi concerne notamment les seniors, qui représentent la majorité d'entre eux.
  • Prévention des risques psychosociaux. Stress, manque de disponibilité, baisse d'investissement, de I estime de soi, épuisement physique ou moral, maladies : ces professionnels sont surexposés aux risques psychosociaux.
  • Employabilité. Si le transfert des compétences acquises par les aidants semble aller de soi pour les activités de soin et de soutien, les savoir-faire de type organisationnel, relationnel, administratif pourront également s'avérer utiles au développement des carrières.

Repenser l'organisation du travail

Seule une approche globale, misant sur l'organisation du travail, peut sécuriser les cas individuels. Pour les agents et salariés, cela consiste à permettre à l'aidant de révéler sa situation, à ses collègues de mieux comprendre les difficultés auxquelles ils doivent faire face, et à tous de construire ensemble des solutions. Et pour les managers, il s'agit de développer leur capacité d'écoute et d'empathie, de définir et d'éprouver des méthodologies pour prévenir tant les risques psychosociaux que les dissensions, de renforcer la cohésion, la motivation et la fidélisation des équipes, mais aussi la reconnaissance et le leadership. Enfin, la direction peut ainsi réfléchir de façon collective à l'organisation du travail et à l'ergonomie des postes de travail, accroître la capacité de négociation sociale, travailler activement à améliorer la qualité de vie au travail.

Muriel Jaouen

[1] Enquête Handicap santé, volet « ménage » de l'Insee, à télécharger sur www insee.fr

[2] CCN 51, articles 11-05 et 11-06

[3] Lire Direction[s] n° 127, p 34

ALLER PLUS LOIN

  • «Aidants familiaux guide aux entreprises 2014 », réalisé par l'Orse et l'Unaf, sur www aidants.fr
  • «Aidant familial : le guide de référence », Direction générale de la cohésion sociale, 2014, sur http://travail-emploi.gouv.fr